Jean-Pierre Malherbe a passé trente-cinq ans à concevoir des pièces de précision pour l'industrie aéronautique. Des tolérances au centième de millimètre, des matériaux composites, des processus certifiés. Quand il a pris sa retraite en 2022, il cherchait quelque chose qui soit « à l'opposé de tout ça ». Ce qu'il a trouvé dans notre section, c'est du vieux bois, des outils qui datent d'avant sa naissance, et une communauté humaine qu'il n'avait pas prévue.

« Je suis né à Pessac, j'ai grandi à Pessac, mais je n'avais jamais vraiment réalisé que la Garonne faisait partie de mon histoire, » dit-il en ponçant à la main une pièce de rable destinée à notre gabarre en restauration. « On pense que l'estuaire, c'est pour les gens du bord de l'eau. Mais en fait, toute la région Sud-Gironde a vécu par et pour le fleuve pendant des siècles. Mes arrière-grands-parents achetaient leur vin, leur sel, leurs tuiles — tout arrivait par bateau. »

C'est un voisin, adhérent de longue date à la section, qui l'a amené à une réunion un vendredi soir de septembre 2022. Jean-Pierre s'attendait à une conférence. Il a trouvé une salle où des gens débattaient âprement du meilleur calfat à utiliser sur du pin maritime. Il est revenu le samedi suivant avec ses propres outils.

Ce qui le retient, trois ans après, n'est pas uniquement le travail manuel — même si le plaisir de voir une pièce prendre forme sous ses mains est réel. C'est la transmission. « Ici, les savoirs ne sont pas dans des manuels. Ils sont dans la tête des anciens, et si on ne les capte pas maintenant, ils disparaissent. Michel — le charpentier de marine qui nous encadre — il a des gestes qu'il ne sait même plus expliquer tellement ils sont naturels pour lui. Mon rôle, c'est aussi de lui poser des questions idiotes pour qu'il les formule. »

Jean-Pierre a également pris en charge la documentation photographique du chantier, constituant une archive visuelle semaine par semaine. Ces photos alimentent notre galerie en ligne et servent de support pédagogique lors de nos interventions dans les écoles. « Dans mon ancien métier, la documentation servait à la conformité. Ici, elle sert à la mémoire. Ce n'est pas le même rapport au temps. »

Il termine sa phrase en soufflant la poussière de bois de la pièce qu'il vient de finir, et la tient à la lumière pour en vérifier le grain. Le geste ressemble à celui d'un luthier. À soixante-deux ans, Jean-Pierre Malherbe apprend encore. Et selon lui, c'est précisément pour ça qu'on rejoint une association de patrimoine maritime dans une ville qui n'est pas au bord de l'eau : « Le fleuve n'a pas besoin d'être visible pour être présent. Il est là, dans ces bois, dans ces outils, dans les gens qui sont autour de cette coque. »